Move à la Une : Le slowplay

Qu’est-ce que le slowplay ? Littéralement, c’est le fait de sous-jouer, ce qui signifie jouer une main de façon moins directe que sa force ne le devrait. Quel intérêt y-a-t’il à faire cela ?

C’est très simple : vous avez une main si forte que vous ne craignez pas de laisser des cartes gratuites à votre adversaire et vous voulez qu’il améliore son jeu pour lui soutirer plus d’argent.

Comment slowplayer ? Au lieu de jouer la force de votre main, c’est -à-dire de miser ou relancer avec une très bonne main, vous allez vous contenter de checker et suivre seulement. En jouant aussi passivement, vous ne risquez pas de faire fuir votre adversaire trop tôt et vous ne donnez pas beaucoup d’informations sur la force de votre main.

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Quelles mains slowplayer ?

 

  • Une quinte flush : Qu’elle soit royale ou non, vous devez la slowplayer. Avec une main aussi forte et aussi rare, votre objectif est que votre adversaire améliore son jeu de façon substantielle et se mette à prendre le contrôle des enchères de façon agressive.
  • Un carré : Même façon de jouer que ci-dessus. Votre main est si puissante que vous ne risquez rien. Laissez donc votre opposant faire le travail de miser et contentez-vous de caller ses mises jusqu’à la river où vous pourrez le relancer ou le mettre à tapis pour maximiser la valeur de votre main.
  • Un full : C’est une combinaison très puissante, que vous devriez sous-jouer,  d’autant plus si vous avez un full aux As ou aux Rois. Avec un full, vous « pillez » le paquet en utilisant un grand nombre de cartes, donc il ne reste plus grand-chose à votre opposant pour se défendre. Par exemple vous avez Q-10 et le board est : Q-5-10-Q. Vous avez le meilleur full possible (full des Dames par les Dix) et il ne reste qu’une Dame et deux Dix dans le jeu. Par conséquent, à moins que votre adversaire ait la dernière Dame ou un full inférieur (avec 5-5), il ne va pas payer de fortes mises ou des grosses relances. Vous devez sous-jouer et laisser apparaître des cartes qui peuvent rendre son jeu plus fort, mais toujours inférieur au vôtre.
  • Une couleur : Deux cas sont à considérer : si elle est à l’As (couleur max) ou pas. Une couleur à l’As est un jeu très fort car vous avez la meilleure couleur possible, et si votre adversaire possède ou améliore son jeu en une couleur, il sera battu, et il va probablement perdre gros. Vous devez essayer de deviner s’il a déjà la couleur, auquel cas vous pouvez commencer à miser pour faire grossir un pot que vous allez gagner. S’il ne l’a pas, qu’il soit à tirage ou non, vous devez checker et le laisser miser en premier. Maintenant, si vous avez une couleur qui n’est pas à l’As, vous devez être plus offensif si vous sentez que votre adversaire tire pour une couleur supérieure. Par exemple vous avez 8-7 à cœur, et le tableau montre 5-Q-3 à cœur. Miser directement peut induire l’adversaire en erreur et lui faire penser que vous n’avez pas la couleur. Alors que checker peut lui laisser former une couleur supérieure s’il a l’As ou le Roi de cœur par exemple. Faites-donc attention et soyez attentif à la façon de jouer de votre adversaire pour déterminer le mieux possible sa main probable.
  •  Une quinte : Une quinte est un jeu très fort mais que vous ne devez pas surestimer. Quel est le problème quand vous possédez une quinte ? Déjà sa visibilité probable. Sur un flop 7-10-9, avec 8-6 en main, la plupart des joueurs rechigneront à engager trop de jetons en voyant le tableau aussi connecté. Mais un autre souci se pose si vous ne possédez pas la quinte max, c’est-à-dire la meilleure quinte possible par rapport au tableau. Dans l’exemple ci-dessus, vous n’avez que la deuxième meilleure main possible (la meilleure étant 7-8-9-10-J avec J-8). Donc si vous checkez et qu’un 8, un Valet ou une Dame tombe au turn, vous allez être dans l’embarras. Pourquoi ? Parce qu’il y a maintenant plusieurs quintes qui vous battent, et le tableau est si effrayant que vous n’allez plus recevoir d’action, hormis si justement un joueur détient une quinte, supérieure à la vôtre !
  • Un brelan : C’est un jeu fort mais sa vulnérabilité dépend du tableau. Si le tableau présente des tirages couleur et quinte, il faut défendre son brelan et ne pas le slowplayer, car en jouant passivement, vous risquez de laisser une carte gratuite à votre adversaire. Sur un tableau sec comme 5-9-K-2 quadricolore, vous avez une main très forte quelque soit votre brelan (même le brelan de 2). En conséquence, vous pouvez sous-jouer votre main et espérer que votre opposant mise à votre place.
  • Deux paires : Contrairement à beaucoup d’idées reçues, deux paires n’est pas un jeu énorme en hold’em. La main moyenne à l’abattage est environ deux paires. Donc n’hésitez pas à miser vos deux paires, surtout si ce ne sont pas les deux meilleures paires du tableau. En effet avec 5-6 sur un tableau V-6-R-5, tout Roi ou Valet qui sort à la river va « corrompre » votre jeu. C’est-à-dire que vous allez avoir deux paires Roi-5. Si votre adversaire avait une main comme A-V que vous battiez, il va maintenant avoir deux paires Roi-Valet. De même, s’il avait As-Valet, un As à la river (3 outs) va lui permettre de faire deux paires meilleures que les vôtres. Deux paires n’est donc pas un jeu à slowplayer, car c’est une combinaison fragile.
  • Une paire : Comme vous connaissez les dangers de sous-jouer deux paires, vous imaginez qu’il n’est pas bon non plus de slowplayer une seule paire. Un des seuls cas où vous pouvez checker une paire est si vous avez A-R sur un flop avec un As ou un Roi ne présentant pas de tirages, et face à un seul adversaire. Vous êtes assuré de ne pas voir d’overcard sur la street suivante. Mais le plus souvent, vous devriez miser avec une paire, même la top paire, car ce n’est qu’un jeu moyen qui doit être défendu.

Slowplay dans un pot multi-joueurs

A partir de trois joueurs dans le pot, vous devez être plus agressif et moins sous-jouer. Car plus il y a de joueurs, plus le risque que votre jeu, même très fort, soit battu est important. Nous l’avons vu pour une quinte ou une couleur qui n’est pas max plus haut, alors imaginez avec un brelan. Si le tableau est bicolore, contre deux joueurs ou plus, vous ne devriez jamais checker, sauf pour effectuer un check-raise. Le risque est trop grand qu’un de vos adversaires soit sur le tirage couleur et le touche sur la carte suivante. De même avec deux paires, vous devez être très agressif et miser ou relancer fortement pour ne pas laisser de cartes bon marché et vous faire battre par deux paires meilleures.

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Il est fortement déconseillé de slowplayer dans un pot multi-joueurs.

Avec un full ou mieux, vous avez tout intérêt à checker par contre, car vous donnez une carte gratuite à deux joueurs, donc les probabilités que l’un d’entre eux améliore sont plus importantes. Et c’est évidemment ce que vous désirez car un full reste un jeu très puissant, même contre plusieurs adversaires.

Situations particulières

Dans certains cas, vous ne devriez pas slowplayer, même si cela semble optimal. Par exemple, vous relancez en fin de parole avec A-8 et la grosse blinde vous paye. Le flop dévoile 8-8-4. Si vous êtes connu comme un joueur agressif, checker va paraître étrange à votre adversaire. Il pourrait être intrigué que vous ne fassiez pas un continuation bet sur un flop si anodin. Alors que miser peut faire croire justement que vous n’avez rien et que vous tentez d’arracher le pot, auquel cas, vous pourriez être relancé ! N’oubliez pas que vous ne slowplayez pas pour le plaisir mais pour amener plus d’argent dans le pot. Si miser permet de remplir cet objectif, vous n’avez pas de raison de sous-jouer.

De plus, si votre adversaire a défendu sa grosse blinde avec 6-6 et qu’il se prépare à faire un check-raise, il serait dommage de checker et de voir apparaître un As, un Roi ou une Dame qui pourrait ralentir l’action.

Si vous « lisez » bien le jeu de votre adversaire, et que vous sentez qu’il a touché du jeu, vous devriez plutôt provoquer l’action que la freiner.

De même si vous floppez un brelan sur un board assez peu dangereux, miser ou sous-jouer dépendent en partie de l’historique que vous avez avec votre adversaire. Si jusqu’alors vous l’avez harcelé de relances, il n’y a pas de raison d’arrêter. Il pourrait en avoir assez cette fois-ci et vous revenir dessus avec une grosse relance. Ensuite à vous d’aviser : soit vous payez sagement en le laissant continuer, soit vous le relancez immédiatement.

Remarque sur les profils de joueurs

Vous devez surtout slowplayer face à des joueurs agressifs. Le slowplay est moins intéressant contre des joueurs passifs puisqu’ils ne misent pas souvent. Donc si vous ne misez pas, ils ne vont pas le faire à votre place et vous aurez perdu de l’argent inutilement en leur donnant une carte gratuite ! Enfin les calling station sont le profil type des joueurs contre qui vous ne devez pas sous-jouer. Ils sont passifs et ils sont prêts à suivre de nombreuses mises. Misez donc vos bons jeux et ne tentez pas de sous-jouer, car il y a de grandes chances qu’ils payent vos mises quoiqu’il arrive !

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Ligne cohérente de slowplay

Une fois que vous aurez réussi un slowplay et que la table entière aura vu comment vous avez joué, il va vous être très difficile d’en faire d’autres. Chaque fois que vous semblerez prendre la même ligne de jeu que celle que vous avez prise en sous-jouant, vous serez suspecté de détenir un gros jeu. Pour réussir de futurs slowplay, vous devez donc tenir cette même ligne en bluff, c’est-à-dire en faisant des floatings ou des calls avec des mains à tirage.

Cela permettra de masquer vos vrais slowplays et vous serez plus difficile à décrypter.

Il est essentiel d’incorporer des floatings dans votre jeu si vous sous-jouez régulièrement, car des adversaires observateurs ne se laisseront pas attraper. En glissant des bluffs, vos opposants vont douter et vous allez gagner plus de pots et surtout faire commettre des erreurs coûteuses aux autres joueurs qui vont confondre vos slowplay et vos bluffs.

Exprimez vous!

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