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Quel bien étrange terme ! Littéralement, le mot anglais « squeeze » signifie « comprimer, presser, serrer» et c’est tout à fait ce dont il s’agit quand vous effectuez ce move. Le principe est d’ailleurs on ne peut plus simple : un premier joueur relance, un deuxième joueur le paye et vous décidez de sur-relancer les deux joueurs. Le premier relanceur est alors pris en étau entre vous et le suiveur, et il va souvent jeter sa main. Le deuxième joueur n’a pas souvent une forte main (sinon il n’aurait pas simplement suivi), donc il va aussi très régulièrement vous abandonner le pot. Mais ne squeeze pas qui veut ! Il y a certaines conditions à respecter pour réussir un squeeze play.
1. Un relanceur large-agressif
Le squeeze play est un bluff, et il a pour but de remporter immédiatement le pot. Par conséquent, il ne faut pas que le relanceur initial possède une main premium, comme une paire d’As, de Rois ou de Dames. Car dans ce cas, il ne va pas jeter sa main ! Et il va peut-être même vous relancer !
Ne squeezez donc pas un joueur serré, mais orientez-vous plutôt vers un joueur large-agressif. Ce type de joueur ne possède que rarement une très bonne main, et il ne réfléchira pas longtemps s’il possède R-9 ou A-7 !
2. Un relanceur en fin de parole
Plus un joueur est situé en fin de parole, plus son range de mains est large. En début de parole, la plupart des joueurs, même les loose-agressifs, relancent avec un éventail de mains restreint. Il est donc périlleux de tenter un move car ils vont souvent avoir une vraie main.
Mais après que plusieurs joueurs aient passé, les joueurs situés en fin de parole vont relancer de plus en plus de mains. Leur range s’élargit et les mains qu’ils relancent sont en moyenne plus faibles à mesure qu’on se rapproche du bouton. Typiquement à partir de la position hijack, on peut considérer qu’un joueur est en fin de parole. Si en plus il est large, vous commencez à avoir des bonnes conditions pour un squeeze play. Mais ce n’est pas encore suffisant…
3. Avez-vous une bonne image ?
Pour réussir ce véritable « coup de poker », vous devez avoir une bonne image à la table. Ce qui signifie entre autre ne pas avoir montré de bluff raté dans la dernière heure et ne pas avoir abusé du squeeze play avant ! Dan Harrington pense qu’il ne faut pas faire plus d’un squeeze play en bluff par session ! Car c’est un coup qui marque vos adversaires, et ils ne sont pas disposés à vous laisser faire plusieurs fois de suite dans réagir.
Si vous avez l’image d’un bon joueur serré, que vous n’avez pas beaucoup sur-relancé précédemment (n’abusez pas du 3 bet light !), alors c’est peut-être le moment pour effectuer ce move. Vous devriez obtenir beaucoup de crédit et surtout le gain du pot !
Qu’en est-il de la valeur de ma main ?
En fait, c’est le facteur le moins important d’un squeeze play. Si les trois conditions citées plus haut sont réunies, vous pouvez squeezer avec any two ! Toutefois il est meilleur d’avoir un petit quelque chose, au cas où vous seriez callé. Les connecteurs assortis sont alors de bonnes candidats car ce sont des mains qui se défendent bien contre le range supposé du relanceur qui va vous payer (broadways ou paires moyennes) et vous pouvez toucher fortement le flop. Mais quelque soit vos cartes, vous pouvez effectuer ce move, comme l’exemple ci-dessous va vous le montrer…
Dan Harrington squeeze en table finale du Main Event !
Voici un exemple célèbre de squeeze play, exécuté par Dan Harrington en table finale du Main Event des WSOP 2004.
Les blindes sont à 40.000/80.000 ante 10.000. Le chipleader est Greg Raymer avec 7.920.000 jetons. Josh Arieh, un joueur large-agressif, possède 3.890.000 chips. Quant à Dan Harrington, il a 2.320.000 jetons, soit le deuxième plus petit tapis de la table. La table n’est plus constituée que de 7 joueurs, soit quasiment en format shorthanded. Arieh relance à 225.000 avec Roi-9. Raymer décide de caller derrière lui avec As-3 assortis. Harrington s’apprêtait à jeter sa main poubelle, 6-2 dépareillés, mais le call de Raymer lui offre là une belle opportunité de tenter un move qu’il affectionne : un squeeze play. Sa main n’a aucune valeur mais il sait que Arieh est un joueur large-agressif et que Raymer peut suivre avec une vaste gamme de mains. De plus Harrington a une très bonne image et il n’a tenté aucun move auparavant. Le pot est attrayant, représentant presque un tiers du tapis de Dan. Il prend son courage à deux mains et envoie une sur-relance à 1.200.000 ! Son action est impressionnante de force, et David Williams, qui a en main As-Dame, ne réfléchit pas plus de quelques secondes avant de jeter sa main ! Les autres joueurs lui accordent le respect qu’ils lui doivent, et Arieh comme Raymer foldent également. Dan Harrington remporte un beau pot et accroit de presque 30 % son tapis.

Plutôt un move de tournoi que de cash-game
Le squeeze play est plutôt utilisé en tournoi, notamment en fin de tournoi, quand les blindes sont élevées et les tapis peu profonds. Il met une grosse pression sur les joueurs engagés dans le coup, notamment le relanceur initial. C’est d’ailleurs souvent un squeeze à tapis qui est effectué, pour se donner le maximum de fold equity.
En cash-game, il est moins efficace, car les joueurs ont généralement un tapis important devant eux donc le squeeze play ne met pas assez de pression sur le relanceur. Par exemple, s’il effectue une relance standart à 3 grosses blindes, qu’il est payé par un joueur, vous pouvez miser 15 grosses blindes en squeeze. Mais si vous avez tous les deux commencé avec 100 grosses blindes, il va vous rester à chacun 85 grosses blindes s’il paye, pour un pot d’environ 35 grosses blindes. Vous devrez donc prendre une décision au flop voire au turn si vous êtes encore callé. Voilà pourquoi c’est un meilleur coup à tenter en tournoi.
Squeeze or not squeeze ?
En tournoi, et surtout vers la fin, le squeeze play est clairement une arme que vous vous devez d’avoir dans votre arsenal. Bien utilisé, au bon moment et face aux adversaires adéquats, vous pouvez réaliser un joli profit avec. Par contre, ne squeezez pas à tout va, où vous perdriez toute crédibilité !