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Conteur d’histoires par Scotty Nguyen


Conteur d’histoires par Scotty Nguyen

 

Quand vous bluffez un adversaire qui est assis en face de vous à une table de poker, cela revient à lui faire croire une histoire qui doit immanquablement se finir par un rapport de force en votre faveur à l’heure d’abattre les cartes. Dans la mise en scène de votre histoire, vous devez prendre en considération plusieurs facteurs avant de décider si vous allez mettre vos chips dans le pot.
 

1) Image à table
Avant de vous lancer dans la pratique du bluff, il est essentiel que vous ayez une idée précise de l’image que vous renvoyez. Quand vous me voyez bluffer à la TV, vous ne voyez que la main au cours de laquelle je mise et je pousse mon adversaire à jeter ses cartes avant de lui dévoiler mon bluff. Ce que vous ne voyez pas en revanche c’est que j’ai abandonné lors de chaque main des deux tours de blindes précédents et que j’ai construit l’image d’un type qui joue serré avant d’essayer de mettre la main sur le pot. Cela ne fonctionnerait pas aussi bien si je bluffais à chaque tour ou si j’étais agressif à l’occasion de chaque pot que je jouais. L’histoire que vous racontez commence au moment où vous vous asseyez à la table de jeu et elle se développe au fur et à mesure des mains que vous disputez.


2) Position

Votre place à table est un autre élément d’importance lorsque vous bluffez. Quand vous avez l’avantage de la position sur vos adversaires, vous avez le privilège d’écouter leur histoire avant de leur conter la vôtre. S’ils vous « checkent » sur un flop bas, 3-8-2 par exemple, vous avez l’opportunité d’enlever le pot si vous pensez qu’ils attendaient de grosses cartes. S’ils misent sur ce même flop, que vous « callez » et qu’un Roi sort au turn puis qu’ils « checkent », il peut y avoir la place de bluffer car leur réaction témoigne d’une crainte par rapport à la carte élevée sortie au turn.
 

3) Une idée précise de la main de votre adversaire
Avoir une idée précise de la composition de la main de votre adversaire est un autre facteur déterminant pour la réussite de votre entreprise. Si votre adversaire a deux paires ou une paire haute et qu’une couleur sort à la river, vous pouvez alors bluffer en faisant croire que c’était la carte que vous attendiez. Il est essentiel d’avoir une bonne représentation des cartes que tient et attend votre adversaire pour pouvoir adapter votre réponse. Si vous bluffez sans idée directrice, l’histoire que vous essayez de faire gober à votre adversaire n’a ni queue ni tête et votre adversaire pourra jouer sa main en toute quiétude. Essayez d’élaborer un plan à l’avance et de vous y tenir pour donner de la crédibilité à votre bluff de sorte qu’il apparaisse véridique lors du turn et de la rivière.
 

4) Qualité de l’adversité
La maîtrise des paramètres « image » et « position » est nécessaire mais pas suffisante pour déterminer quand il convient de bluffer. Il est également profitable de connaître la qualité et la manière de jouer de votre adversaire. Si vous essayez de bluffer votre adversaire qui a une paire haute et que le flop montre 5-6-7, vous devez en premier lieu être certain que votre adversaire est capable de laisser tomber une grosse main si le tableau lui est contraire.

Comment réagissent vos adversaires à la pression ? Les avez-vous vu abandonner des mains en réponse à des sur-relances ou bien ont-ils pour habitude de rendre coup pour coup ? Ont-ils tendance à faire un « call » sur une mise à la river ou à se coucher ? Tiennent-ils compte de la force d’un « check-raise » ? De telles tendances sont importantes à noter si vous voulez ajouter l’art du bluff efficace à votre palette de joueur de poker. C’est quand vous connaissez les réactions de vos adversaires à de telles situations que vous êtes le plus à même de déclencher un bluff au bon moment. S’ils ont tendance à répondre quand ils sont confrontés à une relance, il vous faudra peut-être choisir d’utiliser le bluff avec parcimonie et discernement.

Il se peut également que votre adversaire soit en mesure de comprendre l’histoire que vous lui contez. Si celui-ci est un joueur qui se concentre sur ses mains, il choisira le « call » avec une paire en main et se couchera dans le cas contraire. Les adversaires que vous devez bluffer sont ceux qui se disent, au moment de la rivière : « il a relancé avant le flop, lâché les chevaux sur le flop et fait tapis sur la river. Il ne semble pas effrayé par la couleur, il a sans doute une main forte ».
Mes bluffs les plus gros, je les ai réussis après avoir construit l’image d’un joueur conservateur, qui joue serré, alors que j’avais une bonne idée des cartes de mes adversaires et de leur capacité. Il m’a alors suffit de simuler une main supérieure à ce qu’ils avaient, et j’ai utilisé les tours de mises pour rendre mon histoire crédible.

Je fais toujours en sorte de raconter une histoire qui ne laisse qu’une option à mes adversaires, à savoir qu’ils se couchent, baby !

 

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