
Le continuation bet est un coup technique important que chaque joueur de poker devrait posséder dans son arsenal. Malgré son apparente simplicité, il requiert un certain nombre de conditions pour être utilisé efficacement.
Qu'est-ce que le continuation bet ?
Le continuation bet (ou mise de continuation) est un coup qui consiste à miser au flop lorsqu’on a été le dernier relanceur préflop. Après avoir affiché un jeu fort préflop, le joueur continue son attaque au flop en misant à nouveau même s’il n’a rien touché.
Le continuation bet est un coup très important au No limit Hold’em. Efficace et peu coûteux, il est utilisé par la majorité des joueurs et constitue le coup de base de tout joueur de poker qui se respecte.
Les objectifs du continuation bet
Quand vous effectuez une mise de continuation, votre premier objectif est de gagner le pot au flop, sans contestation. Votre deuxième objectif est de minimiser vos pertes quand votre continuation bet échoue.
Quels facteurs influencent la réussite d’un continuation bet ?
Cinq points sont à considérer avant de faire un continuation bet :
- Le nombre d’adversaires
- La texture du flop
- La taille des mises
- La position
- Le profil de l’adversaire
Le nombre d’adversaires
Un continuation bet est un bluff. Par conséquent, moins vous aurez d’adversaires, plus vous aurez de chances de le réussir. Avec trop de joueurs impliqués dans le coup, le risque qu’un ou deux adversaires ait trouvé une paire, un tirage ou possède un petit quelque chose est trop grand. Le continuation bet échouera souvent dans ce cas.
Avoir un seul adversaire au flop est idéal pour effectuer un continuation bet. En effet, un joueur qui a deux cartes non appariées (exemple : KQ ou J8) ne formera une paire ou mieux au flop que dans environ 33% des cas.
Donc, 2 fois sur 3 au flop, votre adversaire n’aura rien !
Voilà pourquoi il est primordial de réduire le champ adverse préflop, en relançant, pour n’affronter que le minimum d’adversaires au flop. Avec 2 adversaires, le continuation bet reste viable mais s’avère plus risqué. A partir de 3 adversaires, le continuation bet n’est plus conseillé, car il est fort probable que l’un d’eux ait trouvé quelque chose et paye notre continuation bet.
La texture du flop
La texture du flop est la façon dont les cartes sont agencées entre elles. On peut distinguer les flops tricolores (3 cartes de couleurs différentes), bicolores (2 couleurs différentes) ou monocolores (un flop d’une seule couleur). On parlera de flop coordonné si les cartes sont proches les unes des autres ou si elles se suivent. Un flop avec une paire ou un brelan constitue également un autre exemple de texture.
Dans l’optique du continuation bet, nous allons voir quelles sont les textures de flop favorables. Par ordre décroissant, c’est-à-dire du flop le plus favorable au flop le plus défavorable :
1. Paires et couleurs
Situation rare (1 fois tous les 425 flops), mais néanmoins profitable puisque la force des mains a peu de chances de varier entre la situation préflop et la situation au flop, hormis si quelqu’un a touché un carré. Vous pouvez à priori miser tranquillement, surtout avec une grosse paire qui vous donne un full puissant.
Un flop tricolore avec une paire 


C’est un bon flop pour un continuation bet car il est peu probable que l’adversaire ait un brelan et il n’y a que peu de tirages possibles.
Un flop bicolore avec une paire 


Comme décrit ci-dessus, c’est une bonne texture de flop, hormis l’apparition du tirage couleur qui peut intéresser certaines mains.
Un flop tricolore sans paire 


Ce type de flop est assez classique et présente peu de dangers. Il faut le plus souvent effectuer une mise de continuation.
Un flop bicolore sans paire 


Encore un bon flop pour un CB, même si le tirage couleur est gênant, ce qui signifie que votre continuation bet réussira moins souvent qu’avec le flop précédent.
2. Connectivité
Ce type de flop est propice au continuation bet car il ne présente aucun tirage.
Un flop mixte 


Désigne un flop avec 2 cartes qui se suivent et une carte déconnectée. C’est également un bon flop pour miser car les chances que l’adversaire ait un tirage sont faibles.
Un flop avec 2 trous 


Les cartes sont déjà plus reliées entre elles, ce qui peut fournir un tirage quinte plus facilement à un adversaire. Un joueur peut aussi avoir floppé la quinte (mais cela reste rare, environ 1% du temps) !
Un flop avec 1 trou 


Flop dangereux car très connecté, il autorise de nombreux tirages. Votre continuation bet a de grandes chances d’être suivi, donc à moins de posséder un excellent jeu, comme double paire ou brelan, vous ne devriez pas miser sur un tel flop.
Un flop sans trou 


Toutes les cartes se suivent, autant dire que c’est le flop qui présente le plus de dangers en termes de connectivité. Il est encore plus dangereux s’il est composé de cartes moyennes, comme des 10, des Valets ou des Dames, car ce sont des cartes que vos opposants auront souvent en main. Même avec la top paire, ce n’est pas forcément une bonne idée de faire un continuation bet, car vous pouvez être face à une paire et un tirage quinte par les deux bouts, une double paire ou une quinte déjà faite ! Vous risquez de vous faire relancer et de devoir abandonner votre main.
3. Carte la plus haute du flop
Très bon flop pour le continuation bet car la majorité des adversaires se coucheront si vous misez, pensant que vous possédez l’As. C’est le flop qui obtient le plus de succès pour le continuation bet.
Un flop avec 1 Roi 


Moins bon que le précédent mais toujours effrayant pour l’adversaire qui peut vous imaginer sur AK, KQ ou KJ.
Ensuite, la courbe de réussite du continuation bet décroît proportionnellement à la valeur faciale de la plus haute carte du flop. Un flop avec un 6 comme meilleure carte effrayera moins votre adversaire que le même avec un Dame. A noter que s’il y a plusieurs cartes hautes, les probabilités que votre adversaire en détienne une font qu’il vous suivra plus facilement.
Analyse de la texture du flop
Quand vous avez relancé préflop et été payé par un ou plusieurs joueurs, votre premier réflexe devrait être d’essayer de définir l’éventail de mains avec lequel ils ont pu caller votre relance. Cette analyse dépend de l’observation que vous faite des mains que jouent vos adversaires, selon leur position et la taille des tapis etc.
Grâce à cette première réflexion, vous aurez une meilleure idée pour savoir si le flop risque d’avoir aidé leur main ou non. C’est l’idée centrale du continuation bet : vous ne misez pas en fonction de votre jeu, mais en fonction du jeu de votre adversaire.
Si le flop est bicolore et connecté, que votre adversaire a de grandes chances de l’avoir percuté et que vous-même n’avez absolument rien, vous ne devriez peut-être pas miser. Vos chances de réussir votre mise de continuation ne sont pas très hautes, surtout si le joueur est large et s’attache à sa main. Par contre, face à un joueur serré et prévisible, qui checke quand il n’a rien, miser doit presque être automatique, indépendamment de la force de votre main.

Analysez bien le tableau avant de faire une mise de continuation.
La taille des mises
Pour réussir un continuation bet, la taille de votre mise a son importance. Tout d’abord ne misez pas trop petit : une mise de ¼ ou 1/3 du pot donne de bonnes cotes à votre ou vos adversaires qui vous suivront avec n'importe quel tirage valable. Il est généralement admis qu’une bonne mise se situe entre ½ et 2/3 de la taille du pot. Dan Harrington préconise une mise de la moitié du pot, mise qui coupe la cote à de nombreux tirages, permet d’afficher suffisamment de force pour coucher la plupart des mains qui ont raté le flop et minimise les pertes en cas de relance ou de call adverse. La mise de 2/3 du pot est également très répandue.
Pour que votre continuation bet soit rentable, vous devez le réussir au moins 33% des fois avec une mise de la moitié du pot et au moins 40% des fois avec une mise de 2/3 du pot. Sachant qu’un joueur ne trouve une paire ou mieux que dans 33% des cas, c’est un coup qui fonctionne très souvent et qui s’avère rentable, sans prendre trop de risques en termes d’argent.
Il est important de noter que votre continuation bet doit ressembler en termes de taille de mise à un value bet.
Vous devez miser le même montant que vous fassiez un continuation bet ou un value bet.
Si vous misez un montant trop petit ou trop grand par rapport à votre mise habituelle, vos adversaires vont s’en rendre compte. Vous serez alors lisible et ne pourrez plus réussir vos mises de continuation aussi aisément.
Une autre méthode de dissimulation du continuation bet consiste à varier constamment le montant de vos mises. Mais vous devez également le faire pour vos value bet, pour perturber la lecture adverse et l’empêcher de savoir si vous avez du jeu ou non.
La position
La position n’est pas le facteur essentiel pour réussir un continuation bet mais elle a son importance. Hors position, miser en premier vous permet de garder l’initiative, d’empêcher les donk bet et les probe bet, et de mettre la pression sur votre ou vos adversaires. En position, vous obtenez une information si l’adversaire checke, ce qui affiche de la faiblesse. Un continuation bet est alors plus que recommandé. Il gagnera le pot le plus souvent.
Cependant, il faut noter qu’aux moyennes et hautes limites, pratiquement tous les joueurs connaissent ce coup et savent comment le contrer. Par conséquent, il peut être intéressant de ne pas faire de continuation bet si l’on pressent un check raise ou si l’adversaire peut avoir touché le flop. Un check d’un adversaire agressif ne signifie pas forcément qu’il n’a rien, il peut s’agir d’un piège. La position permet donc de décider s’il est bon ou non de faire un continuation bet contre certains adversaires, dans certaines situations. Hors position, un bon joueur prendra certainement l’initiative si vous checkez après avoir relancé préflop. En conséquence, vous avez intérêt à faire plus de continuation bet hors position, et à mixer votre jeu en checkant en position.
Le profil de l’adversaire
C’est un facteur à ne pas négliger dans le choix de faire ou non une mise de continuation. Contre un adversaire agressif, il peut être périlleux de faire trop souvent des continuation bet, car on peut subir un check-raise en retour ou un floating régulier. Le check est parfois plus judicieux.
Contre un adversaire passif, le continuation bet est à utiliser quasi systématiquement au flop, car il gagnera souvent et donnera une information précieuse sur la main adverse quand vous serez suivi ou relancé.
Savoir si son adversaire est serré ou large est également intéressant. Car connaître le range de mains adverse permet de déterminer si celui-ci a pu toucher le flop, et donc permet de mieux évaluer les risques à faire un continuation bet.