Freddy Deeb vient de remporter dans la nuit le tournoi des célébrités, dernière épreuve de la série du WPT L.A Classic, portant à plus de 6 millions de dollars ses gains en tournoi.
Poker.fr l’a rencontré lors de son passage en France, et plus précisément à Deauville où il termina 56ème de l’EPT.
Entrevue avec un monstre sacré du poker.
Raconte nous tes premières parties ?
C’était à l’âge de 19 ans. Je venais de quitter mon Liban natal pour étudier l’ingénierie mécanique aux Etats-Unis. En tant qu’étranger, je disposais simplement d’un visa étudiant qui ne me permettait pas de travailler. Alors le week-end, je partais jouer dans les casinos.
Mon université était implantée dans l’Utah, et il y avait, à seulement quelques kilomètres de là, une ville baptisé Wendover (à la frontière de l’Utah et le Névada) qui regorge d’établissement de jeux. À cette époque, je jouais au black jack et parfois au poker.
Tu jouais à quelle fréquence ?
La première année, je devais y aller deux fois par mois, mais l’année suivante, j’y allais beaucoup plus régulièrement. Un an seulement après mon arrivée, une guerre civile a éclaté au Liban, ravageant le pays (1976). Je n’ai plus eu de nouvelles de mes parents durant deux années et comme c’était eux qui me finançaient, j’ai été contraint d’abandonner mes études à seulement 12 crédits de la validation.
Ne pouvant toujours pas travailler, il ne me restait plus qu’à jouer…(il sourit)
Pas assez d’argent pour étudier mais assez pour jouer ?
Tu sais au début, je jouais des sommes avoisinant les 5$, 10$ au plus, alors que le coût de mes études se comptait en milliers de dollars.
Une fois la guerre terminée, tu as repris tes études ?
J’ai pu reprendre contact avec mes parents, mais pas avec mes études. J’avais toujours mon visa étudiant, mais je ne préférais le jeu aux études, et comme je n’avais pas l’autorisation de travailler, c’était un bon prétexte pour jouer.
Donc finalement, tu es un professionnel de poker depuis toujours?
Même si le statut de joueur pro n’existait pas à la fin des années 70, je pense pouvoir répondre par l’affirmatif puisque le jeu était ma seule source de revenu, et que je n‘ai jamais cherché de travail. En même temps, je souhaitais un emploi funky où l’on gagnait beaucoup d’argent sans se fatiguer…
Qu’en pensait ta famille ?
Ma famille n’étais pas au courant, si je leur avais dit que je gagnais tout cet argent simplement en jouant au poker, ils ne m’auraient jamais cru ! Mes parents m’auraient accusé de vendre de la drogue ou encore d’être un voleur. Avant l’apparition du poker à la télévision, les gens avaient toujours des a priori négatifs quand tu leur disais que tu étais un joueur, alors imagine ce que pouvait en penser une famille du Moyen-Orient, il y a deçà 40 ans.
Enfin aujourd’hui, ils connaissent ton métier ?
Oui je leur ai dit quel métier j’exerçais en 1986. Cette année-là, la Californie venait de légaliser le Texas Hold'em et il y avait alors énormément de fishs. A partir de là, j’ai commencé à gagner pas mal d’argent et à en envoyer régulièrement à ma famille.
Tous les mois, je leur donnais 5000 $, quand quelqu’un se mariait…j’envoyais de l’argent, quand quelqu’un réparait sa maison… j’envoyais de l’argent, un cousin voulait une nouvelle voiture… j’envoyais de l’argent…
Comment ils l’ont pris ?
J’ai fait venir mes parents en Californie, à l’époque je vivais à long beach, pour qu’ils comprennent bien ma situation. Je n’ai eu la nationalité Américaine qu’en 1989, donc je ne pouvais toujours pas travailler légalement avant cette date (il rigole). J’ai emmené mon père dans un club où j’avais pris l’habitude de me rendre et je lui expliquais que les autres clients venaient ici pour se divertir et dépenser leur argent, et que moi je venais ici pour travailler et gagner de l’argent…
Justement, pour gagner de l’argent tu as toujours déclaré qu’il fallait jouer en cash, depuis que tu as remporté 2.000.000 $ (ndlr somme relative à sa victoire au H.0.R.S.E des WSOP 2007), c’est toujours ce que tu penses ?
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Oh oui !L’argent, il provient du cash. Les tournois, c’est du bonus. Et bien sûr si vous êtes un peu chanceux, vous pouvez espérer gagner de belle somme, mais pour durer dans le poker, il faut jouer en cash. Aujourd’hui, avec le nombre de joueurs inscrits, les tournois s’étalent sur plusieurs journées et ça devenir facilement ennuyant. L'an passé, j’ai quitté un tournoi des WSOP alors que j’étais très bien en jetons, simplement parce qu’une grosse partie de cash s'annonçait.
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Mais quand même, gagner le H.O.R.S.E, c’est magnifique, ça procure plus de sensation qu’une partie de cash game ?
Oui c’est vrai que c’est prestigieux, on gagne en prestige mais remporter un tournoi ce n’est pas mon but premier.
Ah oui et c‘est quoi ?
C’est faire de l’argent !
Entre ton bracelet et une soirée de cash-game qui te rapporte 3.000.000 $, tu choisis quoi ?
La soirée cash, sans hésiter ! Dans le même genre de question, on m’a souvent demandé si le H.O.R.S.E valait plus à mes yeux que le Main Event en raison de la qualité des joueurs présents. Mais il suffit de comparer les price-pools respectifs de ces deux tournois pour savoir lequel est plus cher a mes yeux, et plus cher tout court !
Tu es un joueur très médiatisé, tes chemises à fleur sont connues de tous, comment se fait-il que tu n’aies pas de sponsor ?
Pour le moment, les deals que l’on m’a proposé ne m’ont pas intéressé. Je préfère faire des coups. Pour la finale du H.O.R.S.E par exemple, Full Tilt m’a donné 350.000 $ simplement pour que je colle leur logo !
Tu pratiques toutes les variantes, laquelle tu préfères ?
Celle où il y a le plus d’argent à prendre !
C’est quoi ton plus gros gain en une journée ?
C’était au Bellagio, dans la Bobby’s Room j’ai pris un peu plus d’un million de dollars.
Et ta plus grosse perte ?
C’était au Bellagio, dans la Bobby’s Room j’ai perdu un peu plus d’un million de dollars (il explose de rire).
Tu es connu pour être un gambleur, quels sont tes paris les plus stupides ?
Je n’ai pas le souvenir d’avoir participé à des paris idiots. En revanche, je regrette d’avoir autant jouer au black-jack, craps ou encore au baccarat, surtout dans ma jeunesse.
Quand on se considère comme un joueur pro de poker, il ne faut pas se perdre dans d’autres jeux. C’est comme si un professionnel de tennis essayait de devenir un joueur de golf pro, ça n’a pas de sens. !
Justement, dans ces deux sports il y a un numéro 1, pense-tu qu’il y ait un numéro 1 au poker ?
Non, le poker, c’est comme le foot, il y a des joueurs meilleurs que d’autres, mais pas de numéro 1. En fonction de la forme de chacun, de la variante et de la chance, un tel gagnera un jour, et un autre joueur sera victorieux le lendemain.
D’ailleurs, je pense que remporter un tournoi aujourd’hui en vaut cinq de l'époque.
Justement que penses-tu de l’évolution du poker ?
Je suis ravie de la popularisation du poker, il y a de plus en plus de pigeons en tournois, et les prize-pool sont chaque année plus gros, c’est fantastique !
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Freddy Deeb, sosie officiel de Danny De Vito
Tu joues sur Internet ?
Très peu, je préfère les parties live.
Tu as d’autres business hormis le jeu ?
Non, je n’ai pas vraiment le temps, je passe ma vie à jouer….
Que peut-on te souhaiter ?
De continuer à gagner ! Je fais vivre ma femme, mon ex-femme, mes 4 enfants et mes 22 chameaux ! (il rigole).